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  • Penage

L'art de servir et de pêcher


Nouvel art poétique

« On te rend ton filet aux mailles transparentes

pour devenir pêcheur d'hommes, peut-être.

Ne te hâte pas, sois prêt à les suivre

et sers-les d'abord en oubliant ta langue.

Quand ils seront sûr que tu es l'un des leurs,

prends-les doucement dans le réseau fluide

et mesuré des vers, comme les poissons

qui ne distinguent plus le filet de la mer »

(Jean-Pierre LEMAIRE, Frère mineur)

Qu'est-ce que la poésie ? Consiste--t-elle d'abord à prendre une plume, un stylo, un clavier, et à écrire des vers ciselés ? Est-elle contenue tout entier dans ces lignes devenant poèmes, et plus tard recueils, ouverts à la l'oeil et à l'esprit de lecteurs lointains ? A moins que s'éloignant de la vision d'une silhouette voûtée sur un bureau, elle gagne un espace plus large, celui de toute une vie, la vie, pour devenir existence poétique. Voilà à quoi touche ce nouvel art.


Pêcheur d'hommes. Reprenant l'expression des évangiles, le poète fait entendre sa vocation, lui qui est doué et doté. Doué de langage, doté d'un filet invisible mais précisément noué.

Promesse d'abondance, l'image de ce filet a connu une grande postérité. Sortie de son eau originelle, elle n'évoque pas sans cruauté une chasse à l'homme, plus brutale car plus sèche qu'une pêche. Le poème au contraire lui donne toute douceur. Son réseau est fluide, ses mailles sont mesurées.


Qui plus est, fait inédit pour une sortie en mer, son utilisation est précédée d'une longue pérégrination à la suite de ceux que l'on aspire à prendre. Plus qu'une prédation, c'est un renoncement qui s'avère nécessaire : renoncement temporaire au don particulier du poète. Oubli de soi pour avancer mû par une seule certitude : faire partie de cette humanité, "être l'un des leurs". Et comment en être sûr, sinon en les servant ? Comment être humain, sinon en servant les humains ? D'abord. Ne pas écrire, mais servir d'abord, comme un acte de foi.

Julien N. PETIT

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